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LES ORCHIDÉES

Les Orchidées forment un monde à part dans le règne végétal. Grâce, originalité, diversité inouïe de formes, de couleurs et d'aspects, tels sont les caractères principaux de ces plantes, dont la loi semble être précisément de n'en connaître aucune. L'architectonique de la fleur des Orchidées, dit un auteur allemand, surpasse tout ce que pourrait produire la fantaisie du plus fantasque artiste. Cette fleur se compose de six folioles ; mais, par des modifications innombrables dans la forme de ces pétales, et surtout celle de l'inférieur, appelé label, la nature parvient à faire, à l'aide de ces simples éléments, les combinaisons les plus originales.Abeilles, araignées, sauterelles, têtes de serpents, singes à longue queue, hommes pendus, batraciens inconnus, papillons incomparables, ou colibris aux ailes étendues, toutes les formes animales, que dis-je? toutes sortes d'objets inanimés se trouvent représentés par la fleur des Orchidées : ce sont des pantoufles mignonnes, des lampes fantastiques, des berceaux lilliputiens, des corbeilles, des gobelets, des cassolettes, des girandoles, et, pour représenter tous ces êtres et tous ces objets, toutes les matières sont également imitées, depuis la soie et le velours jusqu'aux métaux et aux pierres fines: acier blanc, bronze fauve, argent niellé, or éclatant, topaze, émeraude et rubis. Et ce n'est pas seulement comme forme que ces fleurs sont étranges, mais encore et surtout comme expression. Les Orchidées sont les singes du monde végétal. Grimpantes, accrochées, suspendues la tête en bas, car elles descendent généralement vers la terre, elles font aux vieux troncs d'arbres qui les soutiennent toutes les grimaces imaginables. Ce n'est point qu'on doive les ranger dans la catégorie des véritables parasites. Elles vivent sur les arbres, — beaucoup d'entre elles, du moins, — mais sans leur demander guère autre chose qu'appui et protection. Leurs racines flottantes à l'air libre se nourrissent des vapeurs d'eau et des gaz qu'elles pompent dans l'atmosphère. Il leur suffit, à ces aériennes créatures, d'être balancées par la brise, et c'est un spectacle admirable que de voir, du haut des branches noires et moussues, descendre de longues guirlandes chargées de fleurs les plus merveilleusement belles qu'il soit possible d'imaginer. Dans les serres, un morceau de vieux bois garni de son écorce suffit au développement de ces sobres prisonnières; il en est même auxquelles ce morceau de bois devient superflu, et qui, accrochées à n'importe quoi, font pendre dans l'atmosphère leurs racines flottantes. Toutes les Orchidées ne sont pas d'une aussi étrange sobriété. Il est une espèce terrestre qui croît dans le sol comme les autres plantes, et dont les fleurs, au printemps, remplissent certaines de nos prairies humides et argileuses. C'est là que se passe un curieux phénomène , qui a valu autrefois aux Orchidées le nom de « plantes qui marchent ». Elles changent en effet de place tous les ans. Chaque Orchis est nourri par un tubercule souterrain et donne naissance à un autre tubercule chargé de faire vivre à son tour la plante de l'année qui va suivre. Or ce tubercule nouveau laisse toujours en arrière celui dont le rôle est accompli, de telle sorte qu'en ajoutant tous les espaces parcourus pendant une vingtaine d'années, l'Orchis observé se trouverait à une distance de trente centimètres environ de l'endroit où se trouvait un de ses ancêtres ; d'où, par induction, l'on peut conclure que ces plantes nomades pourraient, après un long espace de temps, avoir suivi un chemin relativement considérable. Toutefois cette théorie n'est peut-être qu'une pure hypothèse, et, s'il faut en croire des observateurs plus modernes, les tubercules tendraient plutôt à faire accomplir à l'Orchis une marche circulaire, de telle sorte qu'au bout d'un nombre d'années déterminé, la plante se retrouverait sur le lieu même qu'aurait occupé déjà une de ses devancières. Ces dernières observations, du reste, fussent-elles vérifiées, ne diminuent en rien la curieuse faculté de locomotion de l'Orchis, puisqu'il décrirait ainsi une éternelle circonférence. Malgré toutes leurs beautés, les Orchidées ne peuvent modifier que dans une mesure très-limitée la physionomie générale d'un paysage. La plupart se cachent dans l'épaisseur des forêts vierges ; mais il faut avouer que dans leur domaine restreint, elles arrivent aux plus remarquables résultats en fait d'ornementation végétale. Les Orchidées sont fort nombreuses, et se subdivisent en une foule de genres qui tous se distinguent par une extrême originalité. Les amateurs en cataloguent près de deux mille espèces, parmi lesquelles quelques-unes à peine se recommandent à l'attention des hommes utilitaires. Mais n'exigeons pas de cette plante artistique par excellence ce qu'elle ne doit ni ne peut nous donner.

L'esprit des plantes : silhouettes végétales
Édouard Grimard (1827-1909)
Ed. : Mame et fils (Tours) 1869

 

EXPOSITIONS & STAGES

3•4•5 janvier 2019 Serres du Botanique — Liège Atelier dessin botanique débutants

Janvier 2019 Serres du Botanique — Liège Exposition — Répertoire des Orchidées rustiques de Belgique